La vallée du Bonheur, sa formation le long d’une faille entre grès et granite, les glaciations du quaternaire, il y a 25 000 ans et la formation des tourbières.

Géomorphologie dans le granite et le grès – glaciations du quaternaire – tourbière – faille minéralisée

 

11 km – 1 journée

Camprieu

 

Facile avec de bonnes chaussures GR et PR balisé en jaune – Niveau scientifique intermédiaire

La fiche du sentier - 2,40 euros -

Pour avoir tous les détails sur le sentier « La vallée du Bonheur à Camprieu« , procurez vous la fiche détaillée.

Ce circuit longe la rivière du Bonheur de sa source sous le col de la Serreyrède jusqu’au lac de Camprieu. Il traverse une vallée formée le long d’une faille majeure orientée Est-Ouest entre granite et grès. Le granite a été soumis à l’altération sous des conditions tropicales, il y a 250 millions d’années, puis il y a 20 Ma avec l’érosion de la chaine Pyrénéo-provençale. À partir de 15 Ma, suite au soulèvement général du Massif central, la vallée commence à se creuser, l’érosion déblaie les altérites le long de la faille et la dépression se forme. Au quaternaire, l’érosion s’intensifie sous les conditions climatiques des glaciations du quaternaire il y a 25 000 ans et le Bonheur a déposé des sédiments fluviatiles où vont s’installer des tourbières. Véritable carrefour de voies de communication importantes, cette vallée a abrité l’abbaye du Bonheur, construite en 1002, servant d’hôpital pour les pauvres et de refuge aux pèlerins à travers les siècles.

 

La hêtraie-sapinière

Suivre le chemin au bord du lac, puis prendre le chemin fléché en jaune qui part à droite. Vous traversez une hêtraie sapinière sur du grès. Rejoindre le plan du châtaignier et, avant la route, suivre le sentier balisé en jaune entre deux sapins, direction col de la Serreyrède.

La vallée du Bonheur

Sur la gauche, vue sur la vallée du Bonheur. Cette dépression constitue le lit de la rivière du Bonheur creusé le long d’une faille importante, orientée WNW-ESE, minéralisée qui sépare le granite de l’Aigoual au nord des terrains plus récents de grès du Trias au sud.

Le col de la Serreyrède

On rejoint une piste, monter à droite direction col de la Serreyrède, rejoindre la route, prendre à gauche et suivre la route sur 250 m. Traverser la route et monter par la piste. À l’intersection, à droite, col de la pierre plantée. Prendre à gauche, dir. col de la Serreyrède. Au point Trévezel, suivre GR et PR à gauche.
Le col de la Serreyrède est situé sur la ligne de partage des eaux, qui sépare le versant méditerranéen du versant atlantique. Il est au carrefour entre l’Aigoual, la vallée de l’Hérault, la vallée de la Dourbie et la vallée du Bonheur vers Camprieu. Vers le nord, il offre un point de vue remarquable sur la vallée du Bonheur. Du col, la vallée plonge brutalement, puis s’élargit en formant une large dépression à fond plat. L’érosion a dû être importante durant les glaciations du quaternaire, il y a 25 000 ans, des dépôts glaciaires au ruisseau du Trépalous, au nord du mont Aigoual attestent des conditions glaciaires de l’époque. Descendre le petit sentier à gauche, direction la baraque vieille. Vous traversez une hêtraie et passez devant une ancienne mine à plomb, argent et zinc, exploitée jusqu’en 1911.

L’abbaye du Bonheur

Au point du Bonheur, suivre GR et PR, dir. La Baraque Neuve. Le sentier descend à droite. Sur la piste, un sentier difficile à voir descend sur la droite vers l’ancienne abbaye, quittant le GR et PR. À l’origine le bâtiment roman construit en 1002 par Henri de Roquefeuil, vicomte de Creissels en Rouergue est un hôpital pour les pauvres, destiné à protéger et à accueillir les pèlerins sur la draille du Languedoc qui sont guidés grâce à sa cloche de tourmente. Cette abbaye à l’histoire mouvementée est vendue comme bien national à la Révolution.

Les tourbières

Suivre le Bonheur, passer le portail et retrouver le GR/PR. Longer le Bonheur jusqu’à la Baraque Neuve, puis plus loin la Baraque Vieille. 
La morphologie de la vallée et la nature du sol ont permis l’installation d’une tourbière, zone humide caractérisée par une végétation particulière (mousses et sphaignes) qui s’accumule lentement au fil des siècles pour donner la tourbe, roche fossile combustible. De nos jours, la tourbière acide s’étend sur 5,5 ha sur du grès et est en partie boisée (épicéa, pin à crochet). Elle héberge des espèces reliques du climat glaciaire original comme la drosera ou rossolis à feuilles rondes (drosera rotundifolia), plante carnivore, le trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata), la linaigrette ainsi que l’airelle rouge (Vaccinium vitis-ideae). Les couches de tourbe varient de 15 cm à plus d’un mètre.

Géomorphologie de la vallée

L’altération du granite a façonné les alvéoles, dépressions à fond plat, et les chaos, amas de blocs granitiques. Depuis le col de la Serreyrède, marqué par un filon de quartz, le Bonheur a creusé son lit le long de la faille, lessivant le socle très altéré de granite et de grès. Cette faille se prolonge dans la vallée de l’Hérault au sud et Saint-Sauveur des Pourcils au nord. L’érosion s’est intensifiée durant les glaciations du quaternaire, il y a 25 000 ans, et la rivière a déposé des sédiments fluviatils, actuellement occupés par des tourbières juste au dessus du cours d’eau.

Le lac du Bonheur

C’est un lac aménagé en amont du village, d’environ 2 hectares prisé des canards, des vacanciers et des pêcheurs qui recherchent la truite Fario. Le lac abrite des écrevisses locales, malheureusement depuis 2020 des écrevisses américaines ont été observées dans le lac et les pêcheurs craignent pour l’équilibre de son écosystème.

Pour découvrir le sentier « La vallée du Bonheur à Camprieu », procurez-vous la fiche détaillée du sentier (1  journée).

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Frédéric Bertho

Frédéric Bertho

Randonneur et passionné d’Histoire depuis toujours, Frédéric Bertho n’a de cesse de rechercher, lors de ses pérégrinations, le sens de ce qu’il observe. Partant du principe que rien n’existe au hasard, il s’attache à redécouvrir l’histoire de ceux qui ont participé à la création de notre environnement actuel, et partage désormais le fruit de ses recherches sur sa chaîne YouTube « Ces portes qui donnent »
Qui donnent vers quoi d’ailleurs ?
C’est justement là que l’aventure commence.

La sortie du 23 juillet 2022

Nous nous sommes retrouvés à 12 au bord du lac du Bonheur pour tenter de comprendre la formation de cette vallée qui dévale abruptement du col de la Serreyrède pour s’élargir prenant une forme d’auge à fond plat.

Montant vers le col, nous traversons une hêtraie sapinière sous les explications de Bernard, ingénieur forestier. Au cours de la montée dans le grès, une vue se déploie sur la vallée dévoilant sa morphologie particulière et le versant opposé en granite. La vallée du Bonheur s’est clairement formée le long d’une faille WNW-ESE minéralisée comme nous allons le voir plus loin. C’est à partir de 15 Ma, suite au basculement du Massif central, que la vallée a commencé à se creuser le long de la faille, puis la rivière déposera des sédiments fluviatiles au quaternaire.

Nous passons devant un menhir de granite christianisé, lieu de choix pour notre pique-nique. Le col de la Serreyrède n’est plus très loin et nous le rejoignons, nous retrouvant sur la ligne de partage des eaux. Vers le sud, la vallée de l’Hérault plonge abruptement et la rivière rejoint la Méditerranée, 70 km plus loin. Vers le nord, le Bonheur prend sa source, creuse une vallée abrupte au départ, mais qui s’aplanit rapidement, et mettra 384 kilomètres pour rejoindre l’Atlantique après s’être jeté dans le Tarn.

Au col, une belle vue se déploie sur cette vallée et nous entamons la descente à travers la hêtraie. Philippe Gaubert nous présente les restes d’une galerie de mine de cuivre, zinc, baryum, fer, plomb exploitée jusqu’en 1911 où le minerai était trié à la main, et les déchets toxiques rejetés le long du ruisseau. Une halde forme un plateau dépourvu de toute herbe bien que la mine fut abandonnée depuis plus d’un siècle.

Puis nous descendons pour rejoindre l’abbaye du Bonheur construite en 1002 et dont les ruines magnifient un paysage bucolique. La fraicheur d’une cascade est bienvenue et nous reprenons le chemin en suivant la rivière.

Avant d’arriver à la baraque vieille, nous découvrons une tourbière avec des linaigrettes et des droséras, petite plante carnivore. Il n’est pas impossible que la morphologie de la vallée résulte d’une érosion lors des glaciations quaternaires, suite à une érosion périglaciaire, il y a 18 000 ans. Les tourbières pourraient être les reliques de ce climat arctique et des plantes qui le caractérisent. Cette flore en contexte aussi méridional est exceptionnelle.

Nous longeons le Bonheur jusqu’au lac pour finalement terminer cette sortie au café de Camprieu, comme il se doit !

La géomorphologie pour tous

La géomorphologie glaciaire

Descente au coeur des glaciers

Émission « C’est pas sorcier »

Le recul des glaciers

Émission « C’est pas sorcier »

Les glaciations : découverte, étude, traces dans les paysages Jean-Paul LEGROS (2019)
Site consacré aux traces des glaciers dans le paysage

Éléments de bibliographie

Glaciations quaternaires du Massif central

L’englacement quaternaire du Massif central – Jean-Paul RAynal et al. 20219

Premières observations sur les formes quaternaires et actuelles des montagnes cévenoles

Jacques Mauduy – 1975

Chronologie de l’englacement de l’Aubrac au Pléistocène supérieur : apports des Nucléides Cosmogéniques
Terrestres (NCT) par Arthur Ancrenaz et al. 2020.
Paléoformes et paléoformations périglaciaires ; dynamique nivale actuelle au sommet du mont Lozère (Yvette Dewolf, 1975)

Fluctuations glaciaires au Pléistocène supérieur dans les Monts d’Aubrac (Massif central, France) : nouvelles données par Arthur Ancrenaz et al., 2020.

Les modèles d’origine périglaciaire et leur évolution récente sur les plateaux de la Margeride et le mont Lozère

 

Le faciès pétrographique du sommet du Finiels par Prost et al., 1991

Ressources géologiques pédagogiques Lithothèque
Glacier du mont-Lozère

 

La déglaciation würmienne dans le Massif Central français, le point des travaux récents – B. Etlicher et A. de Goër de Hervé (1988)

 

Tourbières des cévennes

Dynamique et contexte passés du développement d’une tourbière méditerranéenne (Massif de l’Aigoual, France) – Marion Bottollier et al. – 2009

Les tourbières de Montals et de la Baraque dans le massif de l’Aigoual – Olivier Jupille 2001

Tourbière de la vallée du Bonheur – ZNIEFF de type I n° 3006-2042

Quelle place pour les arbres en tourbière – Jérémie Cholet – 2010

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