La voie royale de Fontmort – son histoire – sa construction – ses aqueducs – ses ouvrages en pierres sèches – son classement aux Monuments historiques.

Patrimoine
Voie royale – Pierre sèche

11,4 km – +/- 250 m – 1 journée

Aller-retour du plan de Fontmort au col de la Pierre Plantée
Détour par la villa gallo-romaine et le hameau de Saint-Clément (+ 3,2 km A/R)

Le Plan de Fontmort – Saint-Martin-de-Lansuscle

Niveau scientifique facile
Balisage GR en rouge-blanc

Départ – Plan de Fontmort sur la route entre Saint-Germain-de-Calberte et Barre-des-Cévennes.

Ce circuit aller-retour présente la Voie royale de Fontmort aménagée à la fin du XVIIe siècle sous Louis XIV par l’Intendant de Basville afin de réprimer d’éventuelles insurrections protestantes après la Révocation de l’Édit de Nantes de 1685. Remarquable par ses ouvrages en pierres sèches dont 29 aqueducs et de nombreux murs de soutènement, cette voie a été classée au titre des Monuments historiques le 19 septembre 2025, en vue de sa restauration, sa protection et la sensibilisation de ce patrimoine exceptionnel auprès du public.

Cet article a été réalisé avec l’aide de Marc Dombre, co-fondateur des Artisans Bâtisseurs en Pierre Sèche (ABPS), et de Frédéric Bertho de « Ces portes qui donnent ».

Présentation de la voie royale de Fontmort

La voie royale de Fontmort a été classée au titre des Monuments historiques le 19 septembre 2025. La portion de voie est de 5,7 km de long et d’une largeur comprise entre 5,5 m et 7m. Elle a été localement taillée à la main dans le rocher et soutenue grâce à de magnifiques murs de soutènement. Elle est jalonnée par de nombreux ouvrages en pierres sèches, dont 29 aqueducs et de nombreux aménagements en terrasses. En amont, côté montagne, un caniveau taillé dans la roche-mère permet l’écoulement des eaux lors des pluies. Son classement va permettre la restauration des ouvrages endommagés et la protection de ce patrimoine exceptionnel.

Le contexte historique de la voie royale de Fontmort

Suite à la Révocation de l’Édit de Nantes promulguée par Louis XIV en 1685, le roi qui craint des insurrections de protestants demande à son intendant De Basville de créer des voies et d’élargir des chemins existants à travers les Cévennes afin que « l’on puisse mener du canon partout». La voie royale de Fontmort est l’un des 22 chemins royaux ouverts par l’ordonnance de l’intendant De Basville du 28 décembre 1689. Ils figurent sur la carte des chemins royaux de Henri Gauthier, réalisée en 1697 à la demande de Basville, carte reprise dans la carte de Nolin de 1703, dont la médiatisation lors de la guerre des Camisards (1702-1704) fera connaitre les Cévennes dans l’Europe entière.

Henri Gautier, ingénieur du roi, dédicace son Traité de la construction des chemins (1693) à l’intendant De Basville qui le nomme inspecteur des travaux en 1695. La réalisation des chemins royaux s’étale entre 1688 et 1695. En 1688, la première voie royale reliant Montpellier, Saint-Hippolyte, Nîmes et Alès est opérationnelle. Le devis pour la voie royale entre la Lasale et St-André-de-Valborgne date de novembre 1689. La voie royale de Fontmort est une route stratégique qui relie Alès à Florac par Soustelle, le col du Pendedis, Saint-Germain-de-Calberte, le Plan-de-Fontmort et Barre-des- Cévennes. Le pont de Pont Ravagers qui est le prolongement de cette voie en vallée Française a été construit en 1692. (Extrait d’archive de l’évêché de Mende, rescapé de l’incendie au XIXe siècle.).

L’environnement de la Voie royale de Fontmort

Au moment de sa construction, la voie royale est longée au Nord par la forêt de Fontmort notée sur la carte de Cassini (XVIIIe siècle), entourée de pâturages et de châtaigniers. Ces terres agricoles, en zone d’estive à 800 m d’altitude, sont aménagées en terrasses avec les systèmes d’aménagements de l’eau (murs bajoyés le long des talwegs ou valats, trencats, …). Ce chemin royal reprend une voie importante de St-Germain-de-Calberte à Barre-des-Cévennes connue depuis l’Antiquité, voire la préhistoire étant jalonnée de mégalithes. Elle était très empruntée comme l’atteste l’emplacement de la baraque de Fontmort, ancien relais de Poste. Le long de la voie royale, en amont, des affleurements de schistes étaient utilisés pour extraire des pierres servant à la construction des ouvrages. Trois zones ont été repérées et ont été exploitées avant l’utilisation de la dynamite à partir de 1870 puisque l’on voit la trace des pics.

La construction de la Voie royale de Fontmort

La construction de la voie royale était pilotée par des compagnons qui étaient payés et disposaient de serfs, les paysans qui travaillaient pour le seigneur local. Afin de conserver sa largeur, le chemin est parfois taillé dans le rocher et souvent jalonné par des murs de soutènement en aval. Côté montagne, un caniveau creusé à la main longe la voie permettant le ruissellement de l’eau. Au niveau des valats, l’eau est canalisée le long d’aqueducs souterrains permettant de rejoindre le valat en aval et de continuer son parcours sans endommager le chemin. Les murs de soutènement sont couronnés par de larges pierres, appelées cabucelles, qui étaient protégées des roues de charrettes par des chasses-roues, pierres taillées, plantées verticalement jusqu’à la roche-mère à plus de 50 cm. Lorsque le rocher affleure sur la voie on peut observer des traces d’ornières creusées par les bandages en fer des roues de charrettes de l’époque, dont la largeur est normalisée à 1m37. Les pratiques techniques de la réalisation des chemins royaux sont exposés dans le « Traité de la construction des chemins » d’Henri Gautier édité en 1693.

Les aqueducs de la Voie royale de Fontmort

La portion de Voie royale entre le Plan de Fontmort et le col de la Pierre Plantée comprend 29 aqueducs disposés le long des talwegs, les valats où s’écoulent l’eau lors des pluies cévenoles. Chaque aqueduc a été inventorié, mesuré et annoté avec ses détériorations et réparations recommandées. Le fonctionnement d’un aqueduc comprend en amont une zone de captage des eaux, l’avaloir de 1m40 * 1m30 qui concentre les eaux du valat et celles des fossés venant de part et d’autre. L’eau circule dans l’aqueduc construit sous la Voie royale et dont les bords sont dallés, soit en continue, soit en chevauchement. Les dalles sont posées et coincés avant la construction des murs de traverses qui sont construits avec un contrefruit d’environ 10% pour réduire la portée des linteaux. Les linteaux sont tous doublés le long de l’aqueduc, une pierre pénètre au-dessus du premier linteau puis il y a un deuxième linteau dit de décharge qui renvoie les pressions sur les côtés appelés dormant. Les linteaux supérieurs sont croisés par rapport aux linteaux inférieurs. L’eau sort au niveau du déversoir, marqué par une pierre qui dépasse, en aval de la voie pour rejoindre le valat.

Détérioration et restauration des ouvrages

La détérioration de la voie et des ouvrages en pierres sèches est due au passage d’engins pour le débardage et à l’absence d’entretien des ouvrages permettant de canaliser l’eau. Dans ce cas, l’eau provoque un ravinement de la voie au fil du temps qui est actuellement sous-cavée, à 50 cm environ en dessous de son niveau d’origine. Les aqueducs peuvent être détériorés de multiples manières par la pression des véhicules: fractures des pierres de dallages, murs traversant détériorés ou fissurés, cime abîmée par les charges… L’inscription de la voie permet de définir un périmètre de protection et de nommer un architecte paysagiste pour la restauration des ouvrages endommagés. Le plan de restauration va s’étaler sur plusieurs dizaines d’années avec une priorisation des travaux à faire chaque année. Ce plan va s’accompagner de mesures d’entretien par les communes et de règles d’utilisation de la voie. Deux aqueducs seront entièrement reconstruits. Des carrières pourront être ouvertes tout le long de la voie pour extraire les pierres nécessaires à la restauration des ouvrages. Un projet de valorisation va mettre en valeur chaque aqueduc par un panneau et des explications.

L'histoire du classement de la Voie royale de Fontmort

Suite à la détérioration de deux aqueducs par l’ONF lors d’une opération de débardage, le Parc national des Cévennes (PNC) demande un devis pour sa réparation. L’ONF propose un devis pour un busage en béton pour quelques milliers d’euros. Il est demandé également un devis pour une réparation à l’identique en pierre sèche, ce qui nécessite l’intervention d’un artisan spécialisé qualifié en Pierre sèche de niveau « Compagnon professionnel en pierre sèche ». Le devis s’élève alors à 70 000 euros ce qui nécessite des demandes de subventions (ONF, communes, Fondation du Patrimoine dans le volet patrimoine naturel et biodiversité, Région…). Deux bénévoles de la Région Occitanie viennent voir la Voie royale et proposent d’inscrire la voie à la DRAC. De nouvelles visites sont organisées avec la directrice de la DRAC de Montpellier qui doute car généralement ce sont des bâtiments qui sont classés. Pour la réalisation du dossier, un inventaire et des relevés le long de la Voie royale sont effectués par Marc Dombre, ABPS et référent Fondation du Patrimoine, Tsillia Poussin (ABPS) Isabelle Villart du PNC et Cécile Fock-Chow-Tho du Conseil départemental de la Lozère qui réalise le dossier de synthèse. Le dossier est instruit, passe en commission et le classement est adopté à l’unanimité en juin 2025. L’inscription de la Voie royale de Fontmort au titre des Monuments historiques va permettre la restauration et la protection de ce patrimoine architectural exceptionnel.

Le circuit proposé est un aller-retour en partant du Plan de Fontmort jusqu’au col de la Pierre plantée, le long de la Voie royale, avec un détour vers la villa gallo-romaine et le hameau de St-Clément. Se garer au parking du plan de Fontmort. Ce circuit est un tronçon de l’itinéraire de la légende de la Vieille Morte, le Plan de Fontmort étant le lieu où son enfant meurt, donnant le nom à ce col Plan de l’efan mort.

Les ouvrages de la voie royale

Vous traversez la route et empruntez le GR 7-67 qui monte à travers la forêt de Fontmort. À la fourche suivez à droite le GR 7-67. Un peu plus loin, vous observez un premier aqueduc qui collecte l’eau d’un valat délimité par des murs bajoyés.  Ensuite, un deuxième aqueduc, puis le bassin DFCI de Fontmort quimarque l’emplacement où se trouvait autrefois la baraque de Fontmort, ancien relais de poste. Plus loin, des chasse-roues ont été restaurés par Marc Dombre et plus loin on observe bien le rocher creusé, avec le caniveau limité par des pierres clavés. 100 m plus loin, les rochers sur la voie sont marqués par des ornières creusées avec le temps par les roues des charettes. 500 m plus loin, un bel aqueduc présente un déversoir bien dégagé qui permet d’observer son architecture et le système de dallage à l’intérieur. Plus loin on observe le rocher taillé à la main avec le caniveau puis, 100 m plus loin, en amont de la voie royale des affleurements de schistes étaient exploités pour sortir les pierres nécessaires à la construction des ouvrages. Vous pouvez ensuite admirer les magnifiques murs de soutènement en courbe qui soutiennent la voie royale.

Les mégalithes de Claroudens

Vous arrivez à Claroudens, la voie royale présente alors le rocher à nu creusé par des traces probablement d’ornières de charrettes. Le paysage se dévoile vers le sud, et vous pouvez admirer les mégalithes néolithiques, le seul menhir connu de quartz blanc et un coffre.

La cazelle

Reprenant la voie vous passez devant une cazelle du XIXe siècle, puis un aqueduc remarquablement conservé avec son avaloir, son passage dallé sous la voie royale et son déversoir.

Le hameau et la villa gallo-romaine de Saint-Clément

Vous quittez ensuite la voie royale pour rejoindre la villa gallo-romaine puis à côté, le hameau de Saint-Clément, village d’estive médiéval propablement lié à une communauté religieuse. Vous pouvez admirer l’architecture soigné du hameau, les appareillages des murs similaires à ceux observés à Fontanilles, tour du XIIe siècle, les meurtrières en encorbellement, la kersantite, la gourgue, et en amont la source et un début de béal. Une trace de drainage minier acide vers la source laisse suposer des minéralisations au niveau de la faille où est localisée la source. À proximité vous pouvez découvrir les ruines de la villa gallo-romaine en évitant de se promnener sur les murs. Vous passez le long du fossé qui entourait la maison, avec sa grande terrasse, son hypocauste (système de chauffage au sol) et les différentes pièces.

Le col de la Pierre plantée

 Avant d’arriver au col de la Pierre plantée, vou observez une cazelle puis au col même un menhir taillé dans le schiste. 

Vous pouvez alors retourner au départ du circuit par le même chemin. 

Pour soutenir la défense de ce patrimoine vous pouvez adhérer à l’Association des amis du patrimoine de la vallée du Gardon de Saint-Martin-de-Lansuscle.

La sortie du 14 mars 2026

Nous nous sommes retrouvés à 21 au Plan de Fontmort pour une journée vivifiante à la découverte de la Voie royale de Fontmort. Marc qui a travaillé à l’inventaire des ouvrages pour son classement est parmi nous pour nous faire partager ses connaissances sur ce patrimoine d’exception. Florence présente le contexte historique de la construction des chemins royaux de la fin du XVIIe siècle et leur cartographie sur la carte de Nolin de 1703.

Nous arrivons alors au premier aqueduc, au niveau d’un talweg limité par des murs bajoyés. Le long de la voie, des chasse-roues, pierres plantées verticalement, étaient destinés à protéger le mur de soutènement de la détérioration. Le ravinement est important et le manque d’entretien a des conséquences sur l’état de la Voie royale. Marc nous montre la construction des aqueducs avec leur avaloir et leur déversoir, les murs de soutènement de la voie, les carrières utilisées, les terrasses aménagées de part et d’autre, les ornières marquées par les charrettes d’autrefois… Pour l’inventaire, chaque aqueduc a été mesuré, décrit et dessiné avec ses détériorations et les réparations proposées. Par endroit, la Voie royale a été taillée dans le rocher et est longée par un caniveau taillé pour l’écoulement de l’eau. Marc nous explique l’origine du projet d’inscription, la réalisation et l’instruction du dossier jusqu’à l’adoption du classement à l’unanimité.

Nous arrivons à Claroudens, où le paysage se dévoile vers le sud. Ghislaine nous donne des explications sur le menhir et le coffre d’âge néolithique. Puis nous arrivons à une cazelle probablement construite au XIXe siècle. Nous descendons alors le sentier vers la villa gallo-romaine et rejoignons Saint-Clément pour manger. Véronique nous présente alors l’association des amis de la vallée de Saint-Martin de Lansuscle et de son patrimoine. Nous visitons le hameau St-Clément sous l’œil expert de Marc qui nous montre le très bel appareillage médiéval de certains murs, les éléments d’architecture, l’utilisation de la kersantite… À une cinquantaine de mètres en amont du hameau, une source servait probablement à alimenter la villa gallo-romaine en eau dès l’Antiquité. Puis nous visitons les ruines de la villa gallo-romaine avant de remonter sur la Voie royale. Retour alors aux voitures jusqu’au Plan de Fontmort après cette journée passionnante de découverte du patrimoine historique et architectural cévenol, essentiellement en pierre sèche !

Où dormir vers Saint-Martin-de-Lansuscle ?

La vidéo de Frédéric Bertho

Porte ouverte sur…Un paysage en pierres sèches

Frédéric Bertho

Frédéric Bertho

Randonneur et passionné d'Histoire depuis toujours, Frédéric Bertho n'a de cesse de rechercher, lors de ses pérégrinations, le sens de ce qu'il observe. Partant du principe que rien n'existe au hasard, il s'attache à redécouvrir l'histoire de ceux qui ont participé à la création de notre environnement actuel, et partage désormais le fruit de ses recherches sur sa chaîne YouTube "Ces portes qui donnent"...
Qui donnent vers quoi d'ailleurs ?
C'est justement là que l'aventure commence.

Pour en savoir plus sur la pierre sèche

Le site des Artisans bâtisseurs en pierres sèches
Les règles professionnelles pour la construction des murs en pierres sèches.

Les règles professionnelles pour la construction en pierres sèches. 

Le Guide de bonnes pratiques est le premier ouvrage national de référence technique pour la construction des murs de soutènement en pierres sèches. Il est destiné aux professionnels : artisans, architectes, ingénieurs, paysagistes…

Le Guide de bonnes pratiques est le premier ouvrage national de référence technique pour la construction des murs de soutènement en pierres sèches.

 

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Livre de référence sur la pierre sèche aux éditions Eyrolles sous la direction de Louis Cagin.

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Bibliographie

sur la pierre sèche

Étude des murs de soutènement en maçonnerie de pierres sèches.

Thèse de doctorat sur l'étude des murs de soutènement en maçonnerie de pierres sèches de Boris Villemus.

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