Pic Cassini – Mont-Lozère – Point remarquable de la carte de Cassini – Une histoire de la cartographie du XVIIIe siècle

 

Cet article a été réalisé avec l’aide de Frédéric Bertho, réalisateur de la vidéo sur « L’histoire de la carte et du Pic Cassini » sur la chaîne YouTube « Ces portes qui donnent ».

Le pic Cassini est l’un des sommets principaux du mont-Lozère, à 1681 m d’altitude. Son nom provient de ce qu’il fut le sommet d’un triangle qui forme la trame de la carte de Cassini (XVIIIe siècle), l’une des plus grandes réalisations cartographiques de l’histoire. Première carte topographique qui s’appuie sur des mesures exactes et sur le principe de la triangulation, elle est le fruit d’un siècle de travaux réalisés par 4 générations de cartographes de la famille Cassini.

Le contexte de la réalisation de la carte de Cassini

Au XVIIIe siècle, les instruments s’améliorent en précision et la mise au point d’un chronomètre de marine permet de définir précisément le temps, et donc de calculer la longitude d’un lieu. L’Observatoire Royal de Paris de l’Académie des sciences est confié en 1669 à Jean-Dominique Cassini. De grandes expéditions scientifiques sont organisées. L’un des premiers buts fixés par Colbert, sous Louis XIV, à l’Académie est la réalisation d’une carte exacte du royaume. Au-delà de l’avancée scientifique, la carte doit répondre aux besoins de l’État en matière de défense, de commerce, de gestion du territoire et de centralisation du pouvoir monarchique.

Les travaux précurseurs à la carte de Cassini

1 – Le calcul exact de la circonférence de la Terre est confié à l’abbé Picard, académicien, mathématicien et astronome. Il la calcule avec précision par la méthode de la triangulation grâce à des instruments qu’il a lui-même perfectionnés en 1669 et 1670. Il calcule alors la longueur d’un degré de latitude sur le même méridien, à l’Est de Paris. La valeur obtenue : 111,255 km * par 360 (degré) donne l’évaluation correcte de la circonférence de la Terre, 40 051,6 kilomètres.

Quart de cercle de lunettes de Jean Pïcard dans

Quart de cercle de lunettes de J. Pïcard dans « Histoire de l’Académie royale des Sciences » (Gallica, BNF)

2 – La seconde étape : Déterminer les longitudes avec exactitude. Jean-Dominique Cassini résout ce problème à partir des travaux de Galilée en 1676: il fait observer en plusieurs lieux de la Terre les mouvements des satellites de Jupiter. La comparaison des heures d’apparition et de disparition de ces satellites à différents endroits de la Terre permet de déterminer avec précision les différences de longitudes entre ces différents lieux. L’Académie envoie donc des astronomes faire ces observations dans le monde entier. La longitude est définie à 43 points caractéristiques auxquels s’ajoutent de nombreux relevés envoyés de toute l’Europe. Les résultats sont notés sur une vaste carte en projection polaire qui sera gravée en 1696.

La première carte du royaume de France

De la même manière, l’abbé Picard et l’astronome La Hire parcourent la France, rectifiant la longitude de 50 lieux, réduisant la superficie de la France. Ils présentent en 1682 à l’Académie la première carte corrigée de France faisant dire à Louis XIV en plaisantant que les messieurs de l’Académie lui ont fait perdre une partie de son royaume.

Carte de France corrigée par ordre du Roy réalisée en 1682 par l’abbé Picard et La Hire de l'Académie des Sciences, publiée en 1693.

Bibliothèque de l’Observatoire de Paris.

L’élaboration de la première carte topographique de France

L’abbé Picard définit les étapes en 1681 et indique la nécessité de réaliser une triangulation de l’ensemble du pays. Après sa mort en 1682, c’est la famille Cassini qui réalise ce travail gigantesque. De 1683 à 1718, Jean-Dominique Cassini et son fils Jacques achèvent la triangulation de « la méridienne de Paris » qui passe par l’Observatoire de Paris. Puis la triangulation générale de la France est réalisée de 1733 à 1740 par Jacques Cassini et son fils César-François Cassini de Thury. Sur la base de ses travaux, César-François Cassini de Thury peut publier en 1744 une carte de France à l’échelle de 1/1 750 000. Son succès est tel qu’en 1750 il soumet au roi Louis XV le projet d’une carte à grande échelle, celle qui est connue sous le nom de carte de Cassini.

L’élaboration de la carte de Cassini

La réalisation de cette carte, étalée sur 40 ans, a nécessité pour chacune des 180 feuilles à l’échelle 1 : 86 400 une triangulation complète, mais aussi un levé topographique de détails réalisé par les ingénieurs géographes du roi. La guerre de Sept Ans interrompt les travaux, Louis XV renonce à les financer, mais autorise César-François Cassini de Thury à faire appel au financement privé. Lorsque ce dernier meurt en 1784, l’œuvre n’est pas terminée et est reprise par son fils Jean Dominique Cassini et les dernières feuilles ne voient le jour que sous l’empire. Après la Révolution, en 1793, l’Académie royale des Sciences est dissoute, les cartes sont confisquées et confiées aux militaires qui en assureront la conservation et la mise à jour. La carte de Cassini est le prototype de tous les projets cartographiques des siècles suivants.

Le Pic Cassini

Ce sommet du Mont-Lozère à 1681 m d’altitude est un point géodésique de référence pour réaliser les visées des triangles. Il est nommé « Signal de Belle Coste » sur la carte de Cassini de 1744 (mais n’apparaît plus sur les cartes Cassini éditées entre 1778 et 1779) ou « Signal de Malpertus » dans l’ouvrage d’Édouard Martel, sous la côte 1683 m. Il apparaît comme « Signal de Cassini » sur les cartes d’État-Major, édité entre 1820 et 1866, puis sous le terme de pic Cassini sur les cartes topographiques IGN de 1950.

Frédéric Bertho

Frédéric Bertho

Randonneur et passionné d’Histoire depuis toujours, Frédéric Bertho n’a de cesse de rechercher, lors de ses pérégrinations, le sens de ce qu’il observe. Partant du principe que rien n’existe au hasard, il s’attache à redécouvrir l’histoire de ceux qui ont participé à la création de notre environnement actuel, et partage désormais le fruit de ses recherches sur sa chaîne YouTube « Ces portes qui donnent »
Qui donnent vers quoi d’ailleurs ?
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Qu’est-ce qu’une carte ? À quoi sert-elle ? Comment s’orienter et retrouver son chemin ? L’exposition, « La carte dans tous ses états en Cévennes », illustrée par les cartes des Cévennes, donne un état des lieux de la cartographie au tournant du XXIe siècle, avant l’arrivée des smartphones et des GPS.
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La sortie du 4 juin 2022

Certains d’entre nous étaient déjà sur place la veille, à préparer ardemment la sortie comme l’atteste la première photo de ce diaporama. Le temps s’annonçait favorable et nous nous sommes retrouvés à 11 ce samedi 4 juin au Mas de la Barque pour partager cette journée autour de l’orientation et de la lecture de cartes.

Sans la moindre concertation, mais néanmoins à l’unanimité, nous avons désigné l’auberge du site comme notre QG et c’est autour d’un café que nous nous sommes armés de boussoles et de cartes topographiques, nous préparant à l’ascension d’un sommet bien typique du mont Lozère ; Le pic Cassini !!!

Au col de l’Aigle, un long arrêt nous a permis de nous familiariser avec le paysage, la boussole, et les cartes. Après avoir partagé quelques bases sur la topographie, appris à orienter la carte, compris les différentes méthodes pour retrouver le nord et découvert les notions de symboles des cartes topographiques nous avons pu retrouver les éléments du paysage sur la carte 1/25 000 du mont Lozère : repérer la vallée de Paillère, la piste qui la traverse, les falaises qui la surplombe, le chalet de l’Aigle au fond de la vallée et les hameaux de Chantegrive et Costeilades à mi-pente…. Cette séance s’est terminée par une lecture du paysage de Philippe Gerbier, habitué des lieux, qui nous a expliqué la création de la vallée creusée par un glacier durant le quaternaire. C’est l’occasion de présenter la carte géologique au 1/80 000 et d’expliquer la géologie responsable de la formation du granite, de la pénéplaine il y a 250 millions d’années et des événements récents responsables de la formation des reliefs.

Puis nous nous remettons en route pour rejoindre le Pic Cassini où nous déjeunons, à l’abri du vent. La fin du déjeuner fut l’occasion de présenter l’histoire de la carte de Cassini, des tables de calcul des longitudes mises en œuvre par Jean-Dominique Cassini aux derniers levers des feuilles de la carte Cassini par son arrière-petit-fils. Frédéric nous explique le principe de la triangulation, Philippe Gaubert, les projections et nous abordons les courbes de niveau nécessaire pour lire les cartes comme un paysage. Enfin, nous expliquons l’utilisation de la boussole avec le calcul de l’azimut. C’est ce que nous allons mettre en pratique directement sur le pic Cassini en préciser la direction d’un lieu par rapport au nord, en l’occurrence un chaos granitique que l’on voit au loin nommé « chapeau de Napoléon » et de reporter l’azimut sur la carte afin de localiser ce lieu sur la carte. Le pic Cassini offre une vue remarquable et nous permet de faire une lecture du paysage.

Enfin, nous retournons tranquillement vers le Mas de la Barque, direction l’auberge où nous étalons sur les tables les cartes de Cassini et la carte de Nolin, à découvrir en dégustant une bonne bière ou autre boisson, sur un site d’une beauté absolument magique !

La cartographie pour tous

Cartographie et orientation

Randonner en Cévennes sans se perdre - Guide d’orientation et de lecture de cartes

Le guide d'orientation et de lecture de carte OFFERT "Randonner en Cévennes sans se perdre"

Apprenez à vous orienter et à lire une carte topographique comme si vous cheminiez dans le paysage. Le guide est proposé gratuitement en téléchargement, exclusivement en version numérique PDF

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Émission « C’est pas sorcier » Quand les déboussoles perdent le Nord

Histoire de la cartographie

La carte de Saint Belec, dalle gravée de schiste (photo Denis Gliksman, Inrap)

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Dalle gravée dans le schiste (photo Denis Gliksman, Inrap)

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À ÉCOUTERLa plus ancienne carte en Europe est-elle bretonne ? Carbone 14, le magazine d'archéologie de France Culture (28 mn)

Les cartes de Cassini - Une épopée cartographique réalisé par Alain Jomier pour l'émission "Le dessous des cartes" d'Arte.

Les cartes de Cassini - Une épopée cartographique

Documentaire réalisé par Alain Jomier pour l'émission "Le dessous des Cartes" d'Arte (12 mn)

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La collection de cartes de David Rumsey

La plus grande collection de cartes numérisées en haute définition dont toutes les feuilles de la carte de Cassini

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La carte Cassini : L'histoire de la carte et du pic Cassini

"R.L. Stevenson en Cévennes : le secret de sa carte enfin dévoilé ?"

"Le Bonheur des voyageurs égarés"

Pour en savoir plus

Carte des Cévennes

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La carte du Bas Languedoc de J. de Beins, 1626 (Bib. Nat., Cartes et plans, Ge DD 2987, 656 format 67,5cm * 75 cm)

 

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Carte de Sercamanen,1628

La carte de Sercamanen,1628 « Carte des Sevennes, des diocèses de Montpellier, Nismes, Uzès, Viviers, Lodève, Mende et de partye d’Agde ». Ingénieur et géographe du Roy. Échelle 1/320 000e. (Archives nationales. Archives de la marine, 6 JJ 72, 102).

 

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Carte des réserves biologiques integrales (RBI) existantes ou en projet au sein du Parc national des Cévennes - Juin 2011

 

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Carte des Cévennes de Cassini - XVIIIe siècle (coll. IGN)

Carte des Cévennes d'État-Major (XIXe siècle)

Carte des Cévennes d'État-Major - XIXe siècle (coll. IGN)

Cartes de Demain

Terra Forma

Manuel de cartographies potentielles de Frédérique Aït-Touati, Alexandra Arènes et Axelle Grégoire.

Livre "Atlas" du philosophe Michel Serres

Atlas

"Atlas" de Michel Serres - 1996 - Édition Flammarion - épuisé -

 

Éléments de bibliographie

G

Bibliographie sur la cartographie et les cartes des Cévennes

(en cours de réalisation)

Jean Picard, une vie dans l’ombre

Exposition de l’Observatoire de Paris

Les débuts de la cartographie scientifique

Suzanne Débarbat et Simone Dumont. Observatoire de Paris (CFC, 1996).

La carte de France

par Monique Pelletier (CFC, 1986).

La cartographie de base de la France

J Carré, IGN, (CFC, 1979)

Jean-Dominique Cassini

Exposition, dossier pédagogique et bibliographie sur Jean-Dominique Cassini et la cartographie au temps de Cassini

Cartographie et pouvoir sous les règnes de Louis XIV et Louis XV

Monique Pelletier – CFC, Compte-rendu de la réunion du 16 mars 1994 sur le thème de « la cartographie et le pouvoir dans l’histoire de la cartographie ».

Carte topographique de la France de 1/80 000 dite carte d'Etat-Major

Exposition sur la carte d’État-Major, Bibliothèque de Fels, 2009-2010

La carte topographique française de 1887 à nos jours

Gérard Chappart et Nicolas Reynard, IGN, (CFC, 2007)

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