Météorologie

mont Aigoual

AVIS DE TEMPÊTE SUR LE MONT AIGOUAL

Mise à mort de la dernière station météorologique de France

Créé en 1894, l’Observatoire de l’Aigoual était la dernière station météorologique habitée de France. Notre pays perd un site précieux face au dérèglement climatique.

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La station météorologique de l’Aigoual est la dernière station météorologique d’altitude habité. Riche de plus d’un siècle d’histoire et de relevé météorologique, elle bénéficie d’une vue exceptionnelle et abrite une exposition musée sur la météorologie et la climatologie. Le combat engagé contre sa fermeture dès 1970 est encore plus que jamais d’actualité. 

Une longue histoire

Les premiers observatoires  de montagne ont été créés dans le cadre d’un intérêt croissant de la recherche scientifique en météorologie après la défaite française de la guerre de 1870. Leur but était d’étudier la haute atmosphère et le projet d’une station expérimentale de météorologie forestière à l’Aigoual est né dans cette optique. Envisagée dès 1879, proposée par Georges Fabre en 1882, sa construction débute le 17 juin 1887 et s’achève en 1893. Elle s’intègre dans un vaste projet de reforestation du massif, suite aux terribles inondations du milieu du XIXe siècle. L’inauguration a lieu le 19 août 1994. L’observatoire est alors sous la direction de l’administration des forêts et, dès le départ, les relevés météorologiques sont effectués par les forestiers qui les envoient à Paris pour être centralisés. Dès l’origine, des expériences sont menées en agriculture, telles la culture du navet blanc en altitude, ou l’hibernation de la graine de vers à soie.

Puis, l’Observatoire passe sous la direction de la Météorologie nationale en Mai 1943. En 1947, huit employés et leur famille vivent à l’Observatoire et les conditions de vie très rustiques s’améliorent progressivement. Avec l’arrivée des radars et satellites, dans les années 1970, le maintien des stations météorologiques d’altitude est menacé et elles ferment les unes après les autres. Commence alors un véritable parcours du combattant pour sauvegarder l’Observatoire de l’Aigoual.

Une météo exceptionnelle

Le mont Aigoual enregistre des records de vent, de précipitation et de température. Il est situé à la croisée des vents froids du nord et des vents chaud et humide en provenance de la Méditerranée qui se trouve à 60 km au sud, à vol d’oiseau. Cette position entraîne des pluies records enregistrées sur le massif, jusqu’à 2m par an. Il peut se déverser sur le massif sous forme de trombes d’eau, autant de précipitations en 24 h qu’à Paris en un an. Le vent souffle 7 jours sur 10, à plus de 60 km/h en moyenne, avec des pointes jusqu’à 250 km/h. Le brouillard envahit le sommet deux jours sur trois.

Cette météorologie exceptionnelle permet de réaliser des expérimentations de matériels en milieu naturel dans des conditions extrêmes. Dans ce but, l’Observatoire s’est doté d’un centre expérimental à disposition des laboratoires et des entreprises pour réaliser des tests de résistance et de contrôle dans de nombreux domaines. Par ailleurs, la station météorologique de l’Aigoual est située sur la ligne de partage des eaux et au niveau de la rencontre des masses d’air qui provoquent chaque automne les épisodes cévenols, ces précipitations longues et intenses responsables des inondations du bassin versant Méditerranéen jusqu’aux plaines des garrigues.

Les données météorologiques

L’Observatoire météorologique de l’Aigoual est une station d’observation et de prévision météorologique. Les instruments de mesure sont disposés sur une terrasse adossée à l’arrière du bâtiment. Les mesures du vent, de la quantité de pluie, de la température, de l’humidité de l’air, de la pression atmosphérique, autrefois réalisés manuellement sont toutes automatisées de nos jours. Il faut toutefois dégager la neige et le givre qui couvrent les instruments de mesure en plein hiver afin qu’ils puissent fonctionner. Les données enregistrées toutes les 6 minutes sont envoyées directement au centre de Météo-France à Toulouse où elles sont traitées et utilisées pour l’élaboration des modèles de prévisions météorologiques. Dès qu’une dégradation du temps est observée, elle est transmise à heure fixe. C’est la veille météorologique. Par ailleurs, la station est reconnue par l’Organisation mondiale météorologique (OMM) comme une station représentative du climat pour sa longue série de données centenaires.

Le combat d’un demi-siècle

Dès 1970, le risque de fermeture du site est présent. Christian Proust travailla seul à l’observatoire durant 18 mois, de 1972 à 1974, et sensibilisa les autorités locales pour le sauver de la fermeture. Un météorologue, Pierre Moureau et un ouvrier d’entretien, Alfred Puech sont envoyés par Météo-France. En 1981, Jean Boulet remplace Christian Proust et crée avec le personnel en poste, une première exposition sur la météorologie en 1985. L’association les amis de l’Aigoual est créée en 1990 dans le but de sauver et de promouvoir l’Observatoire. Puis le bâtiment est rénové, agrandi et l’exposition étendue pour atteindre plus de 800 m² grâce aux aides publiques  des collectivités locales et de Météo-France. L’exposition à entrée libre attire près de 80 000 visiteurs chaque été, présente les activités de Météo-France par un météorologue de l’Aigoual, le climat de l’Aigoual, les appareils de mesures depuis le XIXe siècle et des maquettes pour comprendre les phénomènes météorologiques. Des expositions temporaires en rapport avec la météorologie ou la climatologie sont régulièrement proposées. Un projet proposé par le personnel de la station en 2011, comprenant la réfection du bâtiment, ainsi que le réaménagement complet de l’exposition, en y intégrant un espace dédié aux changements climatiques est voie de réalisation. Dans ce cadre, le maintien du fonctionnement à l’année de la station serait une véritable caution scientifique assurée par les météorologues locaux qui pourrait partager leur expertise et leur expérience de la vie à la station de l’Aigoual. Et les Français pourraient encore visiter une station météorologique habitée, dernier témoin d’un patrimoine scientifique. Malheureusement, il semblerait que Météo-France n’ait pas choisi cette voie.

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