Photographie d’une reconstitution d’une scène au Paléolithique visible au musée de la Grotte Chauvet
L’influence du climat et de ses variations sur les migrations humaines du Paléolithique
L’histoire humaine s’est déroulée au Quaternaire qui a connu depuis 2,6 millions d’années une quarantaine de glaciations, depuis un million d’années elles durent en moyenne 100 000 ans et sont séparées par des périodes interglaciaires de 10 000 à 30 000 ans. Comment ces variations climatiques ont-elles influées sur l’évolution de l’espèce humaine et ses migrations au Paléolithique, jusqu’à 10 000 ans environ ?
Les glaciations du Quaternaire
Le Quaternaire débute il y a 2,6 millions d’années par un changement climatique marqué par l’alternance de périodes glaciaires et interglaciaires. Les causes du changement climatique astronomiques des changements climatiques étant cycliques, cette période particulière s’explique donc par l’intervention d’autres facteurs comme la répartition des continents sur la Terre et les effets des courants marins associés.
En effet, le Quaternaire débute par la fermeture de l’isthme de Panama qui relie les deux Amériques modifiant totalement les courants océaniques. La fermeture des détroits indonésiens il y a 3,5 Ma est également évoquée et pourrait expliquer l’aridification de l’Afrique de l’Est, phénomène accentué par l’ouverture du rift africain de la vallée des Grands Lacs et le soulèvement des hauts plateaux de l’Afrique de l’Est. Dans cette partie de l’Afrique, la forêt est remplacée par la savane vers 2,8 millions d’années favorisant les primates bipèdes.
Les périodes de glaciations quaternaires, dont la température moyenne est inférieure de 6 °C par rapport à actuellement, sont marquées par la formation d’importantes calottes glacière au nord de l’Europe et au Canada. Elle s’accompagne d’une baisse de plus de 120 m du niveau de la mer offrant un paysage des rivages très différents de celui actuellement.
Le développement de l’espèce humaine
Plusieurs espèces des ancêtres des hominidés cohabitaient en Afrique, dont l’espèce Ardipithecus ramidus, proche de la période où l’évolution allait mener à l’humanité et dont on retrouve les traces entre 6 et 4,4 millions d’années. Les premiers du genre « homo » apparaissent vers 2,8 millions d’années en Afrique de l’Est, peu avant le Quaternaire alors que commence une période d’instabilité climatique en Afrique. Ils se seraient développés en Afrique durant les périodes humides, et auraient migré hors d’Afrique durant les périodes sèches, moins propices.
Migration des premiers homininés à l'origine de Néandertal
Lors de la première sortie d’Afrique, entre 2 et 1,5 millions d’années, les homininés ont franchi une barrière écologique et se sont adaptés à un nouveau climat et à un nouvel environnement. Au cours de leur migration, ils restent au sud du 45e parallèle évitant ainsi les climats froids. On retrouve leurs traces archéologiques autour du bassin méditerranéen, de l’Espagne au Moyen-Orient, dans le Caucase, en Chine et jusqu’au Pacifique. Dans le sud de la France, leurs outils sont retrouvés à Lézignan-la-Cèbe et dans les Alpes maritimes entre 1,1 et 0,9 millions d’années.
La deuxième sortie d’Afrique a lieu à partir de 800 000 – 650 000 ans lors de la glaciation de Günz, la plus importante du Quaternaire et la migration s’étend plus au Nord jusqu’en Angleterre et à l’Est jusqu’en Asie orientale le long des côtes du Pacifique.
En Europe, une lignée issue d’Homo antecessor, un genre issu de la première sortie d’Afrique, a survécu en Europe jusqu’à la glaciation d’il y a 600 000 ans. C’est à l’occasion de cet isolement géographique qu’apparait « homo Heidelbergensis » qui présente déjà des caractéristiques néandertaliennes et donnera la lignée néandertalienne par isolement géographique. Vers 700 000 ans, il s’aventure ponctuellement plus au nord que le 45e parallèle jusqu’au sud de l’Angleterre, grâce à la maitrise du feu, prouvée il y a 465 000 ans, mais probablement plus ancienne. Plus tard, Néandertal, évite également le nord de l’Europe lors des glaciations de Mindel (475 000 à 370 000 ans) et de Riss (350 à 125 000 ans) jusqu’à l’époque interglaciaire entre 125 000 et 115 000 ans où il ose migrer jusqu’au nord de l’Allemagne et au centre de l’Angleterre et même peut-être jusqu’en Finlande. À partir de 115 000 ans, débute la dernière période glaciaire et Néandertal a vécu jusqu’il y a 28 000 ans dans des endroits très reculés et isolés pour s’éteindre avant le maximum glaciaire qui a lieu vers 22 000 ans avant notre ère. Au cours de la dernière glaciation, il a cohabité avec homo sapiens à partir de 120 000 ans au Proche-Orient et entre 54 000 ans et 42 000 ans en Europe. À partir de 28 000 ans, il ne reste qu’une seule espèce humaine au monde : homo sapiens.
Migration d'Homo-sapiens - 3eme sortie d'Afrique
Les restes des premiers représentants d’homo sapiens ont été trouvés au Maroc, il y a 315 000 ans environ, lors d’une période interglaciaire où le Sahara était verdoyant. À cette époque, les homo sapiens devaient être répandus dans tout le continent africain avant de migrer dans les autres continents (3e sortie d’Afrique) à partir de 210 000 ans en Grèce, 180 000 ans en Israël et 120 000 ans au Proche-Orient. Il y a 200 000 ans, l’avant-dernière glaciation Riss affecte le climat mondial et est plus rigoureuse que la dernière glaciation.
Cette sortie d’homo sapiens après 100 000 ans de cantonnement en Afrique pourrait s’expliquer par un changement climatique, lié à un relâchement d’eau douce très froide des calottes glaciaires qui modifient les courants marins, et refroidit une partie du globe, atténuant l’ampleur des moussons africaines et asséchant une partie du continent. D’autre part la migration de Sapiens hors d’Afrique semble liée à de nouveaux régimes alimentaires, une alimentation d’origine marine comme les coquillages permettant une sédentarisation partielle et une augmentation des populations.
À partir de 115 000 ans, une nouvelle glaciation appelée Wurm entraine une baisse du niveau des mers jusqu’à 120 m, et aurait pu favoriser la migration des homo sapiens de la corne de l’Afrique vers la péninsule arabique, puis vers 85 000 ans le long des côtes de l’Asie du Sud puis dans tout l’Ancien Monde entre 70 000 et 50 000 ans. Vers 73 500 ans, ce refroidissement s’intensifie avec une chute brutale des températures mondiales liée à l’éruption du Toba sur l’île de Sumatra, un épisode volcanique le plus important du Quaternaire qui s’étend sur plusieurs millénaires. Elle a eu des conséquences considérables sur la flore et la faune de l’époque, provoquant l’extinction de nombreuses espèces et menaçant l’humanité qui enregistre une brutale réduction de la population et donc de la diversité génétique appelée « goulet d’étranglement ».
Entre 54 000 et 45 000 ans, Homo sapiens arrive en Europe par l’Est lors d’une période de radoucissement relatif du climat durant cette période glaciaire Wurm.
Migration d'Homo-sapiens au dernier maximum glaciaire
Au dernier maximum glaciaire, il y a 23 000 ans, le niveau marin descend de plus de 120 mètres ouvrant de nouvelles voies de migration. La Manche n’est plus une mer mais une large vallée, les îles indonésiennes de java, Sumatra et Bornéo sont reliées au continent asiatique, le Japon est relié au continent, les détroits turcs sont fermés et le Golfe persique est entièrement asséché. Le passage des populations de Sibérie orientale vers l’Alaska peut se faire à pied par le détroit de Béring.
Dans une grande partie de l’Europe, la végétation devient une vaste toundra et les animaux, en manque de nourriture, migrent vers le sud. La population humaine chute d’un tiers, se concentre autour de la Méditerranée et s’adapte à ces nouvelles conditions climatiques.
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